Introduction

 

Dans l’histoire de la Terre, il y eut deux grandes périodes de climat inhabituellement chaud. Elles ont duré quelques siècles, alternant avec des périodes glaciaires. Ce fait est bien connu, mais certains climatosceptiques, comme de nombreux sympathisants de droite, aiment le répéter souvent. Ils essayent ainsi de démontrer que les récents extrêmes climatiques ne sont pas dus à l’activité humaine et qu’il n’y a donc pas lieu de modifier nos habitudes de vie.

 

 

Ce que ces climatosceptiques ne veulent pas comprendre, c’est que le problème n’est pas dans l’existence de telles périodes, que personne ne nie, mais dans le fait que les causes et les caractéristiques en sont maintenant différentes et que le pire pour l’humanité est cette fois à nos portes.

 

Ils ne croient pas les études scientifiques qui incitent à prendre des mesures drastiques, en prétendant qu’elles sont toutes manipulées par des environnementalistes, ou des gens crédules proches surtout des libéraux. Pourtant la situation est inverse : ce sont souvent des groupes associés à la droite conservatrice qui influencent les études, en cherchant à protéger les intérêts de sociétés qui ont beaucoup à y perdre, comme les pétrolières. Par exemple, l’Institut Fraser, étiqueté proche des conservateurs et des libertariens, accuse ces scientifiques de faire valoir leur point de vue en martelant « des slogans sans fondement ».

 

Les conservateurs canadiens n’ont jamais été sensibles à la science, tout en prétendant l’être. Ils l’ont encore démontré récemment en attaquant le nouveau guide alimentaire canadien. Comme leur a très bien répondu Ariane Krol dans La Presse du 25 juillet 2019 : « Désolé, Andrew Scheer, mais sur le Guide alimentaire, vous êtes dans les patates. S'il y a un aspect que Santé Canada a ignoré dans ce document, ce n'est pas la science, mais la pression des lobbys. Et il était temps ! ».

 

On ne peut en tout cas pas suspecter les associations d’actuaires d’être manipulées. Les actuaires sont étroitement surveillés, et celui qui se laisserait influencer pour altérer la vérité seraient immédiatement sanctionné. Ce n’est pas pour rien que les actuaires sont souvent vus dans les compagnies comme des freins au développement des affaires, en empêchant les vendeurs de raconter n’importe quoi pour vendre plus ! Or, tant les actuaires canadiens que les français ont publié de nombreux articles pour attirer l’attention du monde politique sur les problèmes qui s’en venaient à coup sûr.

 

Les faits

 

Le réchauffement actuel est le plus rapide que la Terre ait enregistré depuis avant Jésus-Christ ! Et ce qui est le plus inquiétant, c’est que, pour la première fois, il frappe toutes les régions du monde en même temps. Par comparaison, lors de la plus importante période de réchauffement antérieure, il y a des milliers d’années, l’Europe du Nord s’était réchauffée, alors que l’Europe du Sud s’était refroidie. Cela n’a rien d’étonnant car, comme l’a démontré le climatologie serbe Milutin Milankovitch, ce réchauffement au Nord fut le résultat des changements dans l’orbite terrestre et pas d’une activité humaine quelconque.

 

Que les climatosceptiques le croient ou non, le changement climatique actuel est dû à l’activité humaine, contrairement à ceux des siècles antérieurs. De plus, il se produit sur une période de temps très courte dans l’histoire de la Terre, puisqu’il a commencé au début de l’ère industrielle au milieu du 18e siècle.

 

Depuis cette époque, la Terre s’est réchauffée de 1°C. Quand la Terre se réchauffe, le pergélisol (Permafrost, en anglais) dégèle. Le pergélisol est cette partie de la surface terrestre qui est gelée en permanence depuis plusieurs années. Il couvre notamment 50% de la surface terrestre du Canada. Quand il fond, les plantes et animaux anciens gelés deviennent accessibles aux microbes qui produisent du CO2 et du méthane, tout en libérant des virus anciens.

 

Un dégel rapide du pergélisol pourrait augmenter considérablement les quantités de gaz à effet de serre libérées. Ainsi, il pourrait émettre à l'avenir environ 1,5 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. Les sols gelés de l’Arctique en contiennent environ mille fois plus.

 

Et c'est un cercle vicieux, puisque les gaz à effet de serre accélèrent le réchauffement de la planète, et le réchauffement de la planète augmente la fonte du pergélisol !

 

Aucun scientifique sérieux ne doute que si la Terre devait se réchauffer de plus de 2°C, on atteindrait un seuil de non-retour. Le pergélisol fondrait tellement vite qu’il relâcherait dans l’atmosphère d’immenses quantités de méthane et de dioxyde de carbone, et le cercle vicieux s’emballerait.

 

Certains scientifiques pensent même que, si rien n’est fait, les premiers effets significatifs pourraient apparaître au Canada dès 2025.  

 

Et c’est sans compter qu’un dégel important du pergélisol pourrait aussi provoquer des éboulements importants. Par exemple, dans les Alpes suisses, on s’en inquiète. Des villes comme Zermatt ou Saint-Moritz, construites au fond de vallées entourées par des montagnes reposant sur le pergélisol, pourraient être gravement affectées.

 

C’est pourquoi l’humanité doit à tout prix limiter le réchauffement à moins de 2 degrés par rapport au niveau de l’ère préindustrielle.

 

L’urgence d’agir

 

En 1955, alors que la guerre froide menaçait de destruction notre planète, un groupe d’intellectuels, dont Albert Einstein, a publié un manifeste (Manifeste Russell-Einstein, 9 juillet 1955) qui fait appel à tous les dirigeants, scientifiques et citoyens de la planète dans ces termes : « Nous souhaitons que vous, si c’est possible, laissiez de côté d’autres sentiments [...] pour vous considérer vous-mêmes uniquement en tant que membres d’une espèce biologique qui a une histoire remarquable et dont la disparition n’est souhaitée par aucun de nous ».

 

Aujourd’hui, ce n’est plus la menace d’autodestruction nucléaire qui inquiète, mais l’effet négatif grandissant de nos activités sur le fonctionnement naturel de notre planète et sur le devenir de notre civilisation, mais cet appel d’Einstein garde tout son sens. En effet, la biosphère n’est pas statique, elle évolue depuis quelque 3,5 milliards d’année. Or les preuves s’accumulent : nos actions ne sont pas sans conséquences pour la nature ni pour nous-mêmes. Notre civilisation est ainsi menacée de destruction.

 

Comme l’écrit François Normand dans l’hebdomadaire montréalais de l’économie « Les affaires » du 6 juillet 2019 : « Quand une entreprise risque la faillite, il faut rapidement réduire ses dépenses et augmenter ses revenus. C’est la même chose pour le climat : il faut bouger vite et de manière drastique. Or, nous ne le faisons pas pour sauver Terre inc. de la faillite écologique. C’est comme si la direction d’une PME au bord de la faillite, au lieu d’écouter ses comptables et les spécialistes en relance de sociétés, continuait d’augmenter ses dépenses malgré des efforts timides, tout en ne mettant pas les bouchées doubles pour accroître ses revenus. Bref, c’est business as usual ou presque. Cette entreprise fonce toujours dans un mur ».

 

Pourtant, la plupart des politiciens et des gens d’affaires réagissent comme la direction de cette entreprise. Ils changent parfois certains comportements collectifs et individuels, ce qui réduit un peu les émissions de gaz à effet de serre, mais ils n’envisagent pas de modifier profondément notre mode de vie. Ils veulent nous faire croire qu’une transition en douceur est encore possible.

 

Bien sûr, « Plus est en vous », selon la devise reprise sur le fronton d’un des plus grands musées de Bruges (Belgique). L’être humain s’est toujours adapté à tout, et il continuera sans doute à le faire, mais dans quelles conditions ? Mes parents et grands-parents ont survécu à deux terribles guerres. Mais même s’ils s’en sont sortis vivants, ils auraient tout fait pour essayer d’éviter à leurs descendants les traumatismes d’une autre guerre.

 

Il y a heureusement de plus en plus de politiciens et de citoyens qui écoutent les scientifiques et les environnementalistes, et qui insistent pour créer à moyen terme une économie qui consomme les ressources naturelles en fonction de leur cycle de renouvellement réel, et qui protège la biodiversité nécessaire par exemple à la production d’eau et d’oxygène.

 

Le dernier sondage Mainstream (juillet 2019) est d’ailleurs encourageant. Il montre que, maintenant, près des deux tiers des Canadiens « conviennent qu’il est important que le gouvernement agisse pour régler le problème des changements climatiques, même si cela doit avoir un impact sur l’économie ».  C’est un grand pas dans la bonne direction !

 

Les conséquences de l’inaction

 

Il est probable que l’humanité ne disparaîtra pas, mais la crise écologique que nous vivons menace notre qualité de vie et, ultimement, la civilisation telle que nous la connaissons. Le ministère américain de la Défense prévoit ainsi « des pénuries de nourriture et d'eau, des déclenchements d'épidémies, des destructions d'habitats, mais aussi des migrations massives, des luttes pour les ressources et de l'instabilité géopolitique ». (Le Président Trump n’aurait-il pas lu ce rapport de son ministère ?).

 

Sur le plan économique, faire des affaires ou investir deviendra nettement plus difficile et coûteux pour les entreprises, alors que les catastrophes naturelles et les conséquences sur la santé feront nettement augmenter les dépenses des gouvernements. Dès lors, les budgets des entreprises et des gouvernements seront lourdement affectés.

 

Pourquoi si peu d’actions

 

Quand on réalise tout cela, comment comprendre la résistance dans nos sociétés à cette nécessaire transformation fondamentale de l’économie et de notre mode de vie. Plus que de l’ignorance ou de l’insouciance, c’est surtout parce que certains préfèrent ne pas voir la réalité, pour ne pas devoir affronter le défi collectif à relever. C’est comme les enfants qui veulent manger le dessert d’abord, en se disant « on verra bien après » !

 

Le problème est aussi que les politiciens sont soumis à la pression populaire et aux cycles électoraux. Or les électeurs se disent souvent que, puisque les conséquences ne seront pas si dramatiques que cela de leur vivant, pourquoi devraient-ils, eux, se restreindre. Leurs descendants n’auront qu’à s’adapter ! Il faut espérer, cependant, que le sondage Mainstream cité ci-dessus incitera à l’avenir les politiciens à adapter leur discours.

 

Évidemment, c’est Donald Trump qui fait le plus de tort à la planète. Il a compris depuis longtemps que ce qui est important, c’est l’effet d’annonce, pour semer le doute. Il change le monde à coups de fake news dans ses discours et ses tweets. Que ce qu’il dit soit vrai ou pas, il ne s’en soucie pas, du moment que ses partisans le croient et le suivent. D’ailleurs, dans les affaires où il a eu du succès, ce fut souvent grâce au bluff, et il était le meilleur dans ses émissions de télé-réalité. De nombreux journaux font cependant aussi partie du problème. Par exemple, un intéressant article du 29 juillet 2019 publié dans The Tyee, par Sean Holman, a pour titre « The Vancouver Sun’s Op-ed Denying a Climate Crisis a Symbol of Wider Journalistic Malpractice », et conclut par “A journalist’s role is to seek truth, especially in the face of an emergency. But the media is not doing its job”.

 

Conclusion

 

En résumé, la situation devient alarmante ! Dans les toutes prochaines années, la plupart d’entre nous n’en ressentiront sans doute pas des effets majeurs, mais ce sera certainement le cas pour la planète, et cela hypothéquera donc l’avenir de nos petits-enfants.

 

Il n’est pas trop tard pour redresser la situation, mais il est temps !

 

Dans son article précité, François Normand nous offre la conclusion suivante :

 

« Durant la Deuxième Guerre mondiale, des pays comme le Canada ont transformé leur économie pour la rendre au service de l’effort de guerre afin de vaincre les forces de l’Axe.

Nous pouvons faire la même chose avec le climat, c’est-à-dire un « effort de guerre » qui mobiliserait toutes les forces vives de la société avec un objectif commun: limiter le réchauffement climatique à moins de 2 degrés Celcius, coûte que coûte.

Mais le voulons-nous vraiment ou préférons-nous le business as usual ? »

 

Autrement dit, préférons-nous nous voiler la face, croire Donald Trump, Andrew Scheer et Doug Ford, et nous moquer de ce qui arrivera à nos petits-enfants ?

 

À nous de choisir l’avenir que nous voulons pour eux, mais pour faire ce choix, il serait certainement salutaire d’adopter la devise des philosophes des Lumières, comme Voltaire et le Marquis de La Fayette : « Ayez le courage de vous servir de votre propre intelligence » !