Chacun a sans doute déjà appris que notre voisin Henri Frère, qui habitait l’appartement 1018, est décédé le 19 décembre à l’hôpital Montfort, entouré de sa famille et d’amis proches. Il avait 96 ans. Pour ceux qui souhaiteraient mieux se souvenir de lui, voici un rappel de quelques faits importants qui ont émaillé sa longue vie.

Henri était né près de Charleroi, en Belgique, peu après la première guerre mondiale. Il n’eut pas une belle enfance, puisque sa mère est décédée alors qu’il n’avait que 2 ans. Quand il avait 6 ans, il y eut le krach boursier de 1929, qui causa la ruine de son père. Il fut alors envoyé en internat pour le restant de ses études. Lorsque l’Allemagne envahit une nouvelle fois la Belgique, en 1940, il n’avait que 16 ans, et il dut partir seul, sans sa famille, pour un voyage de 1000 km afin de trouver refuge dans le Sud de la France, parmi des milliers d’inconnus ayant également fui les Nazis. 

À 19 ans, il fut réquisitionné par les Allemands et déporté pour le travail obligatoire en Allemagne, où il dut rester jusqu’à la fin de la guerre.

Lors de la victoire des Alliés, en 1945, il s’est engagé dans l'armée belge d’occupation en Allemagne, où sa grande intelligence fut remarquée. Il fut rapidement affecté à des tâches complexes, où il apprit de nouvelles techniques.

Lors d’une permission en Belgique, il a rencontré par hasard l'amour de sa vie, Gerarda Pecceu, de Nieuport, sur la côte belge de la Mer du Nord. Il avait 23 ans. Ils se marièrent rapidement et seul le décès de son épouse, 68 ans plus tard, put les séparer.

Après quelques années de mariage, soucieux d’offrir une meilleure vie à leurs enfants, Henri et Gerarda quittèrent l’Europe pour l’Amérique. Ils s’établirent près de Montréal. Grâce à son intelligence et à ses connaissances acquises à l’armée belge, Henri trouva rapidement un travail à la hauteur de ses ambitions.

Henri était un grand sportif, connu de tous ceux qui fréquentent la piscine, car jusqu’à très récemment, il nageait ses 25 longueurs tous les jours.

Il était passionné par le soccer, et jusqu’à ses derniers jours, il regardait plusieurs matches par semaine à la télévision. Il avait aussi entraîné une équipe de soccer en Floride et avait suivi des cours d’arbitre.

Grâce à son intelligence et son sens inné des affaires, il avait fait fortune. Il a ainsi pu jouir d’une très longue retraite de plus de 40 ans. Et comme il adorait la chaleur, il passa pendant 33 ans, avec Gerarda, tous les hivers au soleil, en Californie et en Floride.

Son plus grand malheur fut de perdre son fils adoré en 2015, lors d’une opération chirurgicale qui a mal tourné. C’est le chagrin dû à cette tragédie qui provoqua aussi, peu de temps après, le décès de Gerarda.

Il s’estimait cependant heureux d’avoir eu une très belle vie, et ne souhaitait pas qu’on pleure son départ. Ce ne sera cependant pas facile pour ses proches !

Roland Madou, son ami depuis 40 ans.